Rêvons ensemble d'un Freydières meilleur

 

De Grenoble à Chambéry et Albertville, 700 000 personnes habitent la vallée, juste en dessous. C'est la plus grosse concentration urbaine des Alpes au pied des montagnes.

Freydières donne accès à des sites fabuleux, parmi les plus beaux de Belledonne: l'alpage de la Pra, le lac du Crozet, les lacs du Domeynon, la Croix de Belledonne. A seulement 25 km de Grenoble.

 

La fréquentation est normale, justifiée, nécessaire. 

 

Si on s'organisait mieux pour accueillir tous ces visiteurs de la vallée? De la vallée qui fournit à la montagne ses emplois, ses commerces, ses services, qui est notre territoire de vie commun?

Si on développait un tourisme doux, écologique, qui permette à la montagne de conserver sa qualité de vie et d'en faire profiter les urbains?

Si nos sites fabuleux de Belledonne, on les mettait mieux à disposition des citadins qui en ont besoin?

Si on arrivait à gérer une fréquentation croissante tout en protégeant un milieu naturel qui permette aux humains de mieux respirer?

Rêvons ensemble.

 

Canicule à Grenoble

Ça se passe dans 5 ans, 10 ans ou demain?

 

Grand beau temps chaud et sec annoncé pour ce week-end de Juin. La chaleur accablante des semaines précédentes va encore s’accentuer, Grenoble étouffe sous la canicule. Un peu plus chaude, un peu plus longue, un peu plus insupportable chaque année

 

Ce samedi, comme toutes les semaines, Eric et Laura emmènent les enfants en montagne. Un besoin impérieux de fraîcheur, d’air pur et d’espace.

 

Évidemment, pas question de prendre la voiture : en alerte pollution rouge, seuls les transports en commun et les urgences sont autorisés. La famille, chacun avec son sac de montagne au dos, prend le train jusqu’à la gare de Domène (elle vient d’être ré-ouverte), puis la navette TouGo qui dessert Revel et Freydières. Depuis le début de juin, les cadences ont été renforcées, un bus électrique tous les 1/4 d’heure en saison, pour s’adapter à la demande croissante. Avec le réchauffement, de plus en plus présent, les citadins ne peuvent plus se passer de leur bol d’oxygène hebdomadaire.

 

Le bus les dépose à Freydières, intitulée fièrement « porte de Belledonne », devant la Maison de la Montagne. Une halte indispensable pour les enfants qui se doivent de caresser les marmottes et grimper sur le bouquetin. Même si ce ne sont que des statues en bois. A l’intérieur, le film qui présente la vie sauvage de Belledonne est aussi un passage obligé, ils l’ont déjà vu 100 fois et le redemandent.

 

Laura se renseigne sur les animations du jour. Pour les enfants, au départ de Freydières : découverte de la mare (ses tétards, ses tritons et ses larves de libellule), les traces d’animaux dans les bois, ou la gestion de la forêt avec un garde forestier. Pour les adultes, le bureau des accompagnateurs de randonnée propose un circuit de découverte de l’habitat du tétras-lyre et une randonnée vers les lacs sur les traces des pionniers de la houille blanche. Pour les sportifs, le Grand Colon en traversée, la Croix de Belledonne ou la grande lance de Domène.

 

Eric et Laura n’ont pas besoin d’accompagnateur pour ces randos, ils connaissent suffisamment la montagne pour être autonomes. Mais c’est loin d’être le cas pour tous les visiteurs de Freydières. Leurs voisins dans le bus venaient ici pour la première fois, ils ne connaissent la montagne que de loin, des sommets enneigés au dessus de la place Grenette. Normalement, leur week-end, ils le passent au roller skate Parc. Mais aujourd’hui il fait trop chaud. Ils ne connaissent pas les lieux, n’ont pas de carte, d’ailleurs ils ne sauraient pas vraiment l’utiliser, ils vont suivre une rando de groupe au lac du Crozet. Ils reviendront subjugués par la beauté du lac, enchantés par le petit détour que l’accompagnateur leur a offert pour découvrir une cascade et deviner au loin une silhouette de bouquetin.

 

D’autres ne vont pas si haut, le lac de Freydières suffit à leur bonheur. Les tables de picnic et les barbecues aménagés les accueillent sous les arbres, les enfants s’amusent dans les cabanes, les parents bronzent sur la plage. Les grenouilles sont revenues et même les crapauds accoucheurs qui avaient failli disparaître du site, grâce aux mares aménagées en bordure du lac qui protègent les tétards des poissons voraces. Les pécheurs sont au rendez-vous, ils proposent une initiation aux enfants tous les samedis.

 

Eric, Laura et leurs enfants, eux, montent au refuge de la Pra, pour la journée pastorale. Ils ont le temps et décident d’éviter le chemin classique. Le sentier qui monte au lac du Crozet a été bien amélioré pour s’adapter à la fréquentation croissante: les lacets sont maintenant renforcés par des murets, des caniveaux canalisent les eaux d’orage. Pas étonnant qu’il y ait du monde, le site est tellement beau, et facilement accessible de Grenoble ! Pour être plus tranquille, ils prendront une des variantes, des itinéraires autrefois confidentiels qui ont été tracés et balisés pour diluer la fréquentation dans le massif. Ils passeront par la cabane du Colon et la brèche du Grand Perlet. Pour s’éviter la longue marche sur la route forestière, ils ont pris la navette qui les a déposé au terminus de la piste. Ils auraient aussi pu emprunter les vélos électriques avec remorque Velib à disposition sur le site (comme sur tout le balcon de Belledonne).

 

Eric regrette un peu que ce chemin secret soit maintenant balisé et ouvert à tous. C’est un fait, le secteur de Freydières et la Pra est de plus en plus fréquenté. Il lui faut aujourd’hui aller plus loin pour retrouver le Belledonne sauvage qu’il aime.

 

En fait, pas si loin que cela. Dès qu’on sort du sentier balisé, il n’y a plus personne. La face ouest du Colon, à gauche de la cabane, est toujours aussi peu fréquentée. Et au dessus de la Pra, vers la Lauzière et la grande Vaudaine, les bouquetins ne sont pas souvent dérangés.

 

Au refuge, un animateur raconte le pastoralisme. Les moutons sont juste en dessous, gardés par les patous, les loups sont ailleurs, quelque part dans la montagne. Le loup, on en parlera dans 2 semaines au refuge, il y aura une rencontre avec un berger et un garde de l’ONF. Aujourd’hui, on parle transhumance, brebis et agnelage, gestion de l’herbe et traitement des maladies. Les enfants iront visiter le troupeau et s’approcher des moutons : un rêve pour des enfants de la ville.

 

Avant le repas, le gardien offre l’apéritif de bienvenue. C’est une tradition sympathique qu’il a mise en place, qui lui permet de présenter son refuge et de rappeler quelques règles de bien-vivre en montagne. Bien utile pour des citadins, qui ne connaissent plus l’environnement naturel. Pour les enfants, la montagne est un des rares endroits où ils peuvent courir en liberté, loin des dangers de la ville. Il faut bien leur apprendre que la montagne comporte aussi des risques, et qu’il faut la maintenir propre.

 

Dimanche, ils iront voir les bouquetins, sur les crêtes. Le gardien leur a indiqué les versants qu’ils fréquentent, tout en rappelant les règles de comportement, pas question d’effrayer les animaux : tout le secteur de la Pra est une zone protégée Natura 2000.

 

Au retour à Freydières, la famille fera la pause goûter, crèpes pour les jeunes et bière artisanale pour les adultes, dans un des restaurants du site. Et avant de repartir pour la vallée, elle ne manquera pas la visite de la ferme des Caresses avec ses vrais animaux à voir et à toucher : des vaches dans un pré, un veau qui tête sa mère, un cochon en liberté, des poules, un coq et un poney. Des animaux tout aussi exotiques qu’un lion ou un zèbre pour un enfant de la ville.

 

C’est promis, le prochain week-end, ils le passeront dans le gîte de la ferme, les enfants pourront donner le mais aux poules et traire la vache. Et ils repartiront le sac plein de produits locaux, fromage, légumes et viande.

 

 

Commentaires: 1
  • #1

    Baudouin (lundi, 10 décembre 2018 17:14)

    Sympa comme article. Une note d'optimisme, cela fait du bien! Continuons de rêver au jour où pêcheurs, chasseurs, randonneurs, trailers, gardiens de refuge, bergers, municipalité feront des projets ensemble pour une cohabition harmonieuse dans ce si beau massif de Belledonne.